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  • Amende record pour discrimination syndicale

    Le syndicaliste qui valait 608 000 euros. La Cour de cassation a confirmĂ© un jugement contre NestlĂ© pour discrimination. (Journal LibĂ©ration du 25/09/2009)

    Syndicaliste ? Pas de chocolats ! Jean-Claude Bauduret, ingĂ©nieur retraitĂ© de l’entreprise NestlĂ©, ex-responsable CGT, n’a pas reçu la boĂ®te de douceurs que la multinationale envoie habituellement Ă  ses anciens salariĂ©s. Une petite mesquinerie, sans doute, de la part de la sociĂ©tĂ©, qui n’a visiblement pas digĂ©rĂ© sa condamnation record - 600 000 euros - pour discrimination syndicale.

    Dans un arrĂŞt du 13 janvier 2009, communiquĂ© il y a peu Ă  LibĂ©ration, la Cour de cassation a ainsi confirmĂ© la dĂ©cision d’appel allouant la plus forte somme jamais obtenue par un salariĂ© en France pour ce type de discrimination. Une dĂ©cision qui «va faire rĂ©flĂ©chir plus d’un DRH», se rĂ©jouit François Clerc, permanent Ă  la CGT, Ă  l’origine des premières procĂ©dures contre les discriminations syndicales en France.

    IngĂ©nieur chimiste, Jean-Claude Bauduret est entrĂ© chez NestlĂ© en 1967, au sein du laboratoire de Courbevoie. Trois ans plus tard, il prĂ©sente une liste CGT aux Ă©lections du personnel. Le premier mandat d’une longue liste de responsabilitĂ©s syndicales qu’il occupera jusqu’à sa retraite, en 2003. «A l’époque, nous avons vite compris que nous n’étions pas très apprĂ©ciĂ©s. Tous les syndicalistes Ă©taient surveillĂ©s en permanence, parfois jusqu’aux toilettes, se souvient Jean-Claude Bauduret. Il n’y a jamais eu de violation patente du droit syndical, mais la direction Ă©tait toujours sur le fil du rasoir.» En 1986, changement de ton. Son responsable lui propose une promotion, Ă  condition «d’être disponible Ă  100 %». Sous-entendu, en Ă©change de l’abandon de ses mandats. L’intĂ©ressĂ© promet d’être «plus disponible», mais sans renoncer Ă  son engagement. Refus de la direction, en raison, explique-t-elle dans une lettre, de «dĂ©faillances essentiellement dues au peu de temps que vous avez dĂ» consacrer Ă  votre fonction, Ă©tant par ailleurs très pris par toutes vos activitĂ©s extra-laboratoire». Jean-Claude Bauduret affirme aussi avoir Ă©tĂ© tenu Ă  l’écart, Ă  partir de 2002, des rĂ©unions d’encadrement. Mais ce qui va emporter la dĂ©cision des juges, c’est surtout la mĂ©thode dĂ©veloppĂ©e par le syndicaliste François Clerc pour dĂ©montrer et Ă©valuer l’ampleur d’une discrimination syndicale. Une technique qui repose sur la comparaison de carrière entre la victime et ses collègues embauchĂ©s Ă  la mĂŞme pĂ©riode et dotĂ©s de qualifications identiques.

    Pour Bauduret, la reconstitution est simple : il n’a pas changĂ© d’indice pendant trente ans. «Dès 1973, sa vie professionnelle montre un “carriĂ©rogramme” plat, explique Clerc. A l’inverse, ses collègues Ă©voluent, jusqu’à gagner 100 points d’indice de plus que lui en fin de carrière.» Pour calculer le manque Ă  gagner, reste Ă  constater l’écart de rĂ©munĂ©ration avec une Ă©volution moyenne de carrière. RĂ©sultat : les prud’hommes de Meaux condamnent NestlĂ©, le 22 avril 2005, Ă  lui verser 465 750 euros de dommages et intĂ©rĂŞts. L’entreprise fait appel. Erreur car, le 27 avril 2007, la cour d’appel de Paris, confirmĂ©e par la cassation de janvier 2009, dĂ©cide d’intĂ©grer au prĂ©judice les droits Ă  la retraite, soit 119 280 euros en plus, auxquels s’ajoutent 23 000 d’intĂ©rĂŞts de retard. La note totale grimpe ainsi Ă  608 000 euros.

    Chez Nestlé, on affirme qu’«il s’agit d’un cas isolé». Mais, pour l’Union des ingénieurs et cadres CGT (Ugict), cette décision devrait surtout permettre de rendre «moins dissuasif le syndicalisme chez les cadres, dont le plafonnement de carrière constitue le principal frein».